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“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail

“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail
Chers Théâtreux,
 
Dans cette nouvelle lettre, je vais vous parler des années 60’, du monde du travail, de deux humains attachants, d’ambitions, de rêves, de peur d’oser, de frustrations, et surtout d’un spectacle tendre, drôle et mordant qui résonne étonnamment avec notre époque. C’est ce que j’ai pu ressentir quand je me suis rendue au Festival OFF d’Avignon pour y découvrir le spectacle “Les Dactylos”, d’après le texte de Murray Schisgal, adapté au théâtre par Laurent Terzieff, et mis en scène par Eric Chantelauze.

New-York 1964. Dans le bureau d'une petite société commerciale. Paul, fraîchement engagé pour taper des adresses à la machine, fait connaissance avec sa collègue Sylvia. Au fil d'une vie qui défile en une journée, une relation particulière va se nouer entre eux, dans laquelle chacun va dévoiler ses ambitions, ses désirs, ses renoncements et ses amours.

Les Dactylos”, cela pourrait être une histoire simple au premier abord : une plongée drôle et mélancolique dans l’intimité de deux employés de bureau dans le New York des années 1960… Des machines à écrire, un patron invisible, des silences pleins de sous-entendus, et la vie qui passe. Mais derrière cette apparente banalité, la pièce touche à quelque chose de fondamentalement humain : des rêves étouffés, des ambitions bridées, des élans retenus…
 
Aussi, c’est l’histoire de deux employés administratifs - Sylvia Payton et Paul Cunningham. Paul vient tout juste d’être embauché, et Sylvia - là depuis plus longtemps - connaît tout : le quotidien administratif, les habitudes du patron… Elle va l’initier et le former.
Lorsque ces personnages arrivent, ils sont plein d’espoirs, ont confiance en eux et en l’avenir. L’une veut s’épanouir dans ce qu’elle fait, l’autre n’y voit qu’une étape et un moyen avant son vrai projet, mais en tout cas, le travail est au départ un instrument d’épanouissement ou de libération.
Tous deux lient connaissance, créent des liens au fil de leur carrière, allant même jusqu’au début timide d’une romance. Les deux personnages partagent leur background, leur vécu, leurs rêves, leurs doutes, leurs frustrations, leurs colères, leurs émotions, leurs peurs… voire leurs pulsions.
 
Côté interprétation, Valentine Revel-Mouroz et Jérôme Rodriguez incarnent Sylvia et Paul avec une grande justesse et de manière simple et efficace, avec une touche de folie. Leur duo fonctionne à merveille, et leur complicité transparaît dans chaque échange. Sans tomber dans la caricature, ils rendent leurs personnages profondément humains, au point qu’on se surprend à reconnaître un peu de soi dans ces deux êtres dont l’histoire nous captive.
Ils confiaient notamment au public, à la fin de la représentation, que cela faisait plusieurs années qu’ils rêvaient de monter cette pièce. Ce rêve, on le sent. On sent l’amour du texte, le soin porté au moindre détail, et surtout la tendresse profonde qu’ils ont pour ces deux personnages un peu cabossés, un peu usés, mais profondément attachants.
“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail
“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail
“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail
Sous ses airs de comédie qui pourrait sembler légère, “Les Dactylos” est une pièce qui touche à l’humain : elle parle du temps qui passe, des rêves qu’on abandonne sans bruit, des routines qui nous endorment. Elle donne à réfléchir et interroge sur notre rapport au travail, de nos jours :
Est-ce que les années 1960 encourageaient à rester toute une vie dans le même emploi, et est-ce différent aujourd’hui ?
Notre rapport au monde du travail doit-il être forcément aliénant ? N’est-il pas possible d’y progresser, de s’y épanouir, et de ne pas s’y enfermer ?
Est-ce qu’on nous conditionne encore aujourd’hui à une certaine loyauté passive, à ne pas faire trop de vagues, à s’excuser d’exister, à ne pas laisser l’ambition s’exprimer ?
À travers leurs doutes, leurs colères domptées, leurs peurs, et leurs ambitions étouffées, Sylvia et Paul incarnent alors cette fatigue moderne : celle de se plier au cadre, de ne pas oser. Pris dans les diktats de la société, ils essaient tant bien que mal de ne pas s’endormir dans leur vie.
 
Sur scène, on retrouve deux bureaux avec, sur chacun, une machine à écrire - l’une rose, l’autre bleue. On devine également la présence du patron sans jamais le voir, et c’est bien ça le sujet : la peur de déranger, de faire un pas de côté, de s’affirmer. Un peu comme un pouvoir invisible qui pèse sur les épaules.
Ce beau décor vintage nous plonge d’emblée dans les sixties (tout comme les costumes, d’ailleurs), avec une mise en scène subtile, et nous nous laissons captiver par un texte ciselé, des dialogue vifs, drôles, et parfois acides.
Et cette adaptation théâtrale révèle toute la modernité et l’universalité : car même si les personnages tapent à la machine ou répondent au téléphone fixe, leurs ambitions, leurs rêves, leur solitude, leur quête de reconnaissance, ou même leurs peurs, sont résolument universelles.
Pourquoi il faut y aller ?
Cet extrait de la note d’intention du metteur en scène Éric Chantelauze résume bien le ressenti en sortant de la pièce : C’est parce qu’on est tous à un moment de notre vie des Sylvia et des Paul qu’on peut leur porter un regard tendre, amusé et moqueur. Et parce qu’ils nous ressemblent, ils rappellent à chaque spectateur que chacun est responsable de sa joie et qu’il est facile de s’endormir dans son bureau ou dans son couple et de se réveiller soudain très vieux.”
 
Les Dactylos”, c’est une proposition artistique au décor vintage mais au propos qui se veut intemporel. C’est une pièce qui bouleverse un peu mais avec douceur, au travers de deux personnages attachants. En sortant du théâtre, on se surprend à penser à sa propre vie, à nos choix, à ce qu’on n’a pas osé faire, à ce qu’on reporte toujours à plus tard. C’est un huis clos social racontant une histoire tendre, mélancolique et furieusement actuelle, qui rappelle qu’il est parfois bon d’écouter un peu plus ses envies, afin que le temps et la vie ne les consume pas sans qu’on s’en rende compte.
 
Les Dactylos”... ou comment nous avertir de ne jamais nous encroûter dans la routine, de toujours poursuivre nos rêves, de ne jamais nous laisser enfermer dans des blocages et dans des peurs, et de toujours aller au-delà des apparences, et au plus profond de nous-mêmes.
 
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.
“Les Dactylos”, quand le théâtre fait réfléchir sur notre rapport au travail
✨✨✨✨✨
L'Équipe Artistique
D’après le texte de Murray Schisgal
Adaptation théâtrale par Laurent Terzieff
Mise en scène par Eric Chantelauze 
Interprétation par Valentine Revel-Mouroz & Jérôme Rodriguez 
Scénographie par Capucine Grou-Radenez 
Costumes par Bérengère Roland 
Création Lumières par Simon Cornevin 
Collaboration artistique par Lara Aubert
 
✨✨✨✨✨
A l'attention des programmateurs, pour découvrir ce spectacle et l’amener dans votre ville et/ou lieu de spectacle, je vous invite à prendre contact avec : Sévrine Grenier Jamelot - sgjspectacles@gmail.com & le Collectif La Voix des Plumes - collectifvdp@gmail.com
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À propos
Lauriane Cronier

Lauriane, théâtreuse passionnée, met en lumière le monde du spectacle, pour ajouter plus de théâtre à la vie et plus de vie au théâtre.
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