Si j’ai été attirée par cette pièce, c’est avant tout pour le sujet qu’elle traite. Le harcèlement scolaire n’est malheureusement pas une thématique abstraite pour moi. Je l’ai vécu personnellement lorsque j’étais collégienne il y a plusieurs années, où l’on en parlait peu. En outre, j’ai le sentiment qu’aujourd’hui, on en parle davantage, et qu’il y a les réseaux sociaux pour amplifier le mal-être vécu. Je suis très sensible à ces témoignages, et à mon petit niveau, j’ai l’envie d’aider ces jeunes qui en souffrent quotidiennement. Alors forcément, lorsqu’un spectacle choisit d’explorer ce sujet, je ressens le besoin d’aller le découvrir.
Et le résultat ? Une œuvre qui m’a profondément touchée, bouleversée, et qui devrait être présentée, à mon sens, au plus grand nombre d’établissements scolaires.
Pour parler un peu de l’histoire de cette œuvre, “
El pequeño poni” a été créée en 2016 à Madrid et a été adaptée dans une vingtaine de productions dans le monde entier. En outre, cette histoire est
inspirée de faits réels qui se sont produits en Caroline du Nord.
L’auteur, Paco Bezerra - connu pour explorer des thématiques sociales et humaines complexes dans ses textes, a choisi de parler de ce sujet sensible à travers le prisme des parents.
L’une des forces du propos qui m’a beaucoup plu est que la pièce met en avant deux discours qui, au premier abord, s’opposent, mais qui se relient dans un objectif commun : la sécurité, la protection et le bien-être de l’enfant.
D’un côté, il y a l’idée de défendre la différence coûte que coûte ; de l’autre, la tentation de se “fondre dans la masse”, de cacher sa différence, pour éviter les coups… Une tension naît de ces désaccords et de l’amour qu’ils portent tous les deux à leur enfant. Face à la violence que subit leur fils, chacun cherche une solution, chacun pense agir pour son bien, pour le protéger.
Avec un humour grinçant mêlé à cette histoire poignante, les deux points de vue - sans tomber dans l’exagération ou dans une posture moralisatrice - sont très intéressants à écouter (même si parfois ils bousculent un peu émotionnellement)... on se rend compte vers lequel des deux on serait le plus en adéquation, mais surtout on comprend les deux points de vue.
J’ai été impressionnée par l'engagement scénique des deux interprètes. Leur jeu rend les débats familiaux d’une authenticité saisissante… on ressent leur colère, leur incompréhension, l’amour, la peur et l’impuissance qui les traversent.
J’ai également beaucoup aimé la scénographie, que j’ai trouvée particulièrement poétique. Sur scène, des bateaux en papier sont présents, devenant bien plus qu’un simple élément de décor. Ces bateaux de papier incarnent l'enfance, la vulnérabilité, l'imaginaire et le voyage. Tout au long de la pièce, les personnages “jouent” avec…les faisant naviguer, les détruisant puis les réparant… leur donnant une dimension symbolique particulièrement forte.
Sans trop spoiler, il y a un moment fort du spectacle qui m’a particulièrement marquée… celui où, sans parole, juste accompagnés de musique, les personnages déplient les bateaux et les montrent au public. La scène était belle, poétique et dure à la fois.
En outre, la pièce s’intéresse aussi aux autres adultes qui gravitent autour de l’enfant victime, à l’école, dans les institutions… et questionne leur capacité à protéger, à comprendre, à prendre conscience de ce qui se joue. A plusieurs reprises, les deux personnages se retrouvent confrontés à une institution qui semble davantage préoccupée par l’absence de scandale, le “pas de vague”, que par la protection de l’enfant.
“Le Petit Poney”, ce n’est pas simplement une pièce qui dénonce le harcèlement scolaire, c’est une pièce qui interroge et fait réfléchir sur le rapport à la différence. Pourquoi certaines différences dérangent-elles autant ? Comment certains mécanismes sociaux et comportements violents se retrouvent parfois “banalisés” face à la différence ? Faut-il se conformer à la norme plutôt que d’oser affirmer sa différence ?
La pièce invite à réfléchir à l’acceptation de l’autre et à la force nécessaire pour assumer et défendre sa singularité. Dans une société toujours plus divisée, son message trouve un écho particulièrement fort, et souligne l’importance d’un éveil collectif pour faire évoluer les mentalités.
Tout au long de la représentation, j’ai été profondément touchée. Pendant et après le spectacle, les larmes ont coulé…peut-être parce que certains souvenirs personnels ont refait surface… peut-être parce qu’il ne faut pas négliger le traumatisme qui peut être laissé par ces violences… peut-être aussi parce que ce spectacle rappelle qu’aucun enfant ne devrait avoir à choisir entre être lui-même et être accepté.
En bref, pourquoi je recommande ce spectacle ?
“Le Petit Poney”, c’est une proposition artistique puissante, intelligente, et plus que jamais nécessaire. A travers une écriture percutante, une mise en scène et scénographie visuellement marquantes, et porté par deux interprètes remarquables, ce spectacle bouleverse autant qu’il fait réfléchir.
La pièce interroge, sans être moralisatrice, avec finesse, le sujet délicat du harcèlement scolaire, la différence, l’éducation, et la responsabilité des adultes face à la violence.
Je pense sincèrement que ce spectacle est d’utilité publique et devrait, à mon sens, être amené dans le plus grand nombre d’établissements scolaires.
C’est une pièce qui parle de l’enfance, des adultes que nous sommes devenus, et qui nous rappelle que personne ne devrait subir de violence parce qu’il est différent.
Bref. Une pièce qui bouleverse, qui secoue, qui fait réfléchir, qui fait du bien… une pièce qui nous rappelle que le théâtre est un formidable outil de sensibilisation... Une pièce que je vous encourage vivement à découvrir à votre tour.
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.