Si j’ai eu envie de découvrir ce spectacle, c’est parce que la thématique de l’affirmation de soi m’a interpellée. Un thème qui me parle beaucoup et me rend curieuse de voir comment il est exploité au théâtre.
Dès les premières minutes, le ton est donné… Nicolas fait une entrée atypique qui illustre parfaitement le sujet consistant en l’affirmation de soi et l’introversion. Et puis, peu à peu, on découvre que c’est son psy qui lui aurait prescrit de faire du stand-up pour apprendre à s’affirmer et à prendre sa place…
Tout au long du spectacle, Nicolas déroule ainsi un spectacle d’humour en respectant consciencieusement les codes du stand-up. Et il le fait avec un recul délicieusement absurde, cochant méthodiquement - devant nos yeux - chaque étape de sa “to-do list de one-man-show”, ajoutant par exemple du jeu dramatique, de l’imitation, ou encore des interactions avec les spectateurs… Le tout plaçant le public comme témoin de son travail pour s’affirmer… Ce second niveau de lecture fonctionne à merveille et amplifie le côté comique.
Cette absurdité se retrouve également dans ses interactions avec le public : là où certains humoristes transforment une simple question en longue improvisation, Nicolas reste fidèle à sa personnalité d’introverti… et c’est précisément cette retenue qui provoque le rire.
Dans son spectacle, il navigue entre des sujets très personnels. Il évoque notamment la maladie qu’il a eu, avec beaucoup de recul et d’autodérision… derrière les rires, on devine le chemin parcouru pour parvenir à regarder cette épreuve avec autant de distance.
Il nous rappelle aussi l’importance de l’émerveillement, de cette capacité à observer les choses avec la curiosité d’un enfant. (Une thématique qui m’a particulièrement touchée qui m’a rappelé mon premier stage de clown où l’on m’a appris justement à regarder les choses avec étonnement comme si c’était la première fois)
Puis viennent quelques associations d’idées improbables et absurdes - tel que, par exemple, les mendiants dans le métro qui doivent se distinguer et avoir les meilleures phrases d'accroche, ou encore ces abréviations de certains mots qui ne s’appliquent pas à leurs opposés.
Il évoque aussi sa gentillesse, sa difficulté à se mettre en colère, ou encore son rapport à la nourriture (certains penseront peut-être aussi au personnage de Joey dans “Friends” avec le fameux “Joey doesn’t share food”... et/ou sortiront de la salle avec une envie de clafoutis)
Pendant ce spectacle, j’ai beaucoup ri avec ses anecdotes et observations absurdes, ses raisonnements complètement décalés. J’ai aussi été touchée par la sincérité et la sensibilité qui traversent l’ensemble. J’ai particulièrement aimé ce mélange entre l’adulte lucide et l’enfant émerveillé… cette coexistence entre naïveté, cynisme, douceur et impertinence qui donne au spectacle une couleur très singulière.
Nicolas nous invite à porter un regard différent sur nos propres contradictions… et peut-être aussi à accepter que l’affirmation de soi ne ressemble pas forcément aux modèles de confiance en soi que l’on nous vend habituellement.
En bref, pourquoi je recommande ce spectacle ?
“Nicolas s’affirme”, c’est une proposition artistique à la fois drôle, touchante et originale. Grâce à une écriture fine, un humour absurde parfaitement maîtrisé, et une grande sincérité, Nicolas Guillemot transforme son parcours personnel en une réflexion sur l’affirmation de soi… C’est un spectacle qui fait rire et réfléchir, et d’où l’on ressort avec l’envie de regarder le monde avec un peu plus de curiosité et d’émerveillement… Mention spéciale au rap final, puissant et inattendu.
Ce spectacle d’humour atypique rappelle à quel point le théâtre et l’humour font du bien et devraient parfois être prescrits sur ordonnance. Un spectacle joyeux et sensible que je ne peux que vous recommander !
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.