Les Contes de Maupassant ont un point en commun avec l’opéra : c’est beau en la forme, émouvant sur le fond, et ça finit toujours mal…Mais in fine, c’est tellement beau qu’on y revient quand même !
Les amateurs de Maupassant, dont l’auteur de ces modestes lignes fait partie, ont-ils un goût particulier pour les choses tristes ? Ou est-ce le goût pour la beauté d’un style épuré, parfaitement accessible grâce à une grande qualité d’écriture, grâce à des formules claires et précises, qui ne cède en rien le pas à la beauté ou à la marge d’imagination du lecteur ? Ou le goût pour les réflexions profondes de Maupassant sur la nature humaine, sur des sujets de société qui peuvent parfois encore trouver un écho aujourd'hui, ou sur ce que Clément Krieg appelé la “troublante porosité entre le bien et le mal”, ou encore sur les sujets de la folie, de la perception de la réalité ou de ce qui nous est invisible ?
Ce qui est sûr, c’est que les textes de Maupassant, de par la clarté de leur style et leur précision, par leur côté efficace et percutant, sont immédiatement accessibles au lecteur, mais aussi, par là même, se prêtent parfaitement à l’exercice théâtral, et constituent un terrain de jeu idéal pour un comédien talentueux qui voudrait se les approprier sur scène…
…Et aujourd'hui, le comédien talentueux, c'est Clément Krieg, qui s’offre le plaisir de faire vivre ces textes à travers l’une de mes disciplines théâtrales préférées : l’art du conteur.
Clément Krieg nous offre une petite sélection de quatre textes, subtilement équilibrés entre eux et qui lui offrent une belle palette de jeu.
Hormis le fameux “Horla”, ces textes ne sont pas les plus connus, mais ils n’en sont pas pour autant les moins plaisants… notamment “La nuit”, extraits des contes fantastiques de Maupassant, que l’auteur de ces lignes affectionne tout particulièrement…
Cette sélection nous donne un petit aperçu de la palette des atmosphères de Maupassant ; et, sans spoiler, ils illustrent bien cette capacité de Maupassant à vous terrifier, vous prendre par les tripes, et vous faire réfléchir…
L’équilibre entre les quatre récits est idéal, tant du point de vue littéraire que du point de vue de la mise en scène. Ils correspondent à quatre rythmes différents, quatre enjeux différents, quatre atmosphères différentes, et non seulement ils se complètent parfaitement bien, mais ils offrent quatre terrains de jeu différents à Clément Krieg : ce qui lui permet d’être créatif en nous fournissant quatre jeux différents, chacun intéressant et complémentaires.
Au style épuré de Maupassant répond le style épuré de la mise en scène de Laurent Priou, qui laisse le spectateur se focaliser sur l’essentiel : la voix douce et posée, captivante, de Clément Krieg, qui a ce petit quelque chose d'envoûtant… Laissez-vous prendre par le récit de Maupassant, et par la voix de Clément Krieg, et sa gestuelle simple et efficace, vivante et amusante, et sans vous en rendre compte, vous serez rapidement hypnotisé pour partir vers un beau voyage dont vous ne réveillerez qu’à l’intermède entre deux récits…
Et, à chaque récit, un style de jeu différent, toujours en tension, de la gaieté, de la gravité, mais surtout, les monologues des contes du “Horla” (1886), de “La nuit” (1887), "La Mère aux monstres" (1883), et "La Légende du Mont-Saint-Michel" (1882), sont l’occasion de voir le conteur se transformer en son personnage sur scène, habité, pour ne pas dire possédé par le texte…
Bref, si vous aimez autant que moi ce plaisir d’écouter la virtuosité d'un conteur au coin du feu, alors je vous recommande chaudement ce spectacle regroupant talent littéraire, quant au sujet conté, et talent oratoire pour faire vivre le texte !
J’aimerais tellement vous en dire plus, sur la richesse de ces textes, ou sur leurs thématiques qui ont poussé Clément Krieg à les choisir, ou de la finesse du jeu subtil et de la mise en scène simple et efficace, mais je suis déjà fort bavard, et je ne veux pas vous en dévoiler davantage, et vous retirer le plaisir de la surprise… Aussi, il est temps de le taire et de vous laisser faire par vous-même l’expérience de ce plaisir du conteur !
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.