Dans cette nouvelle lettre, je vais vous parler d’humanisme, de combat, de doute, de ce qui a façonné la personnalité d’un grand nom de la littérature et du combat politique, de la “petite Histoire” derrière la “grande Histoire”, et surtout de comment le théâtre peut les entremêler pour vous restituer, sans égal, le regard d’un grand homme passionné à travers son intimité. C’est ce que j’ai pu ressentir quand je me suis rendu au Festival OFF d’Avignon pour y découvrir “Zola, la rage de l’encre”, spectacle écrit et mis en scène par Cliff Paillé.
De l'écrivain au justicier : découvrez les coulisses d’un séisme historique. Face au scandale de l'Affaire Dreyfus, Émile Zola voit ses certitudes vaciller. Entre doutes intimes, joutes passionnées et courage politique, la pièce nous plonge dans le bureau d'un homme qui va tout sacrifier — sa liberté, sa fortune et sa sécurité — pour une seule idée : la Vérité.
Mais qui était cet homme ? Pourquoi et comment est-il devenu cet auteur engagé, ce citoyen rageux et enflammé ?
Un spectacle vibrant, d'une modernité brûlante, qui nous rappelle que face à l'injustice, le silence est parfois la plus grande des complicités.
Tout d’abord un petit rappel, pour ceux qui ont auraient besoin de rafraîchir leurs cours d’Histoire-Géographie : comme le dit Wikipedia, "à la fin du XIXè siècle, L'affaire Dreyfus est une affaire d’État devenue un conflit politique majeur de la Troisième République [...] La condamnation fin 1894 du capitaine Dreyfus - pour avoir prétendument livré des documents secrets français à l’Empire allemand - est, selon la plupart des spécialistes, une conspiration plus qu'une erreur judiciaire, fondé sur des faux fabriqués et utilisés par des officiers supérieurs sur fond d'espionnage, dans un contexte social revanchiste, particulièrement propice à l’antisémitisme et à la haine de l'Allemagne après les annexions de l’Alsace-Lorraine (Alsace-Moselle) en 1871. [...] À son paroxysme en 1899, l'affaire révèle les clivages de la France de la Troisième République, où l'opposition entre les camps dreyfusard et antidreyfusard suscite de très violentes polémiques nationalistes et antisémites, diffusées par une presse influente.”
Autant dire que, face à un sujet aussi marquant dans l’Histoire, le récit entre sur un terrain sensible… Et l’une des forces du récit de Cliff Paillé, est justement sa rigueur historique et sa capacité narrative à remettre le récit dans son contexte, en quelques répliques simples et efficaces, d’une façon tout à fait naturelle et spontanée.
Le récit se construit autour de quelques étapes clé de l’entreprise militante de Zola, contre l’injustice subie par le Capitaine Dreyfus.
Alors qu’il est déjà un romancier talentueux et admiré, et un journaliste reconnu, dont la plume pèse lourd, Emile Zola s’indigne devant la vague d’antisémitisme que le jugement déclenche, puis découvre l’affaire, comprend, s’engage, et écrit une suite d’articles marquants, jusqu’au fameux "J’accuse".
Ainsi, tous les extraits d’articles, ainsi que les lettres (de Dreyfus à sa femme, de Zola à la sienne, de Lucie Dreyfus à Zola, et la réciproque...), tout est absolument authentique.
extrait de la note d’intention de Cliff Paillé, l’auteur
Ces articles sont repris de façon rigoureuse, et tous parfaitement bien contextualisés, au sein d’un récit qui mêle une grande rigueur historique, à une volonté de vous impliquer personnellement dans cette histoire, au niveau de ceux qui suivent l’actualité au quotidien, avant de la vivre. Et on observe ainsi non seulement comment les articles s’enchaînent jusqu’à, petit à petit, arriver au “J’accuse”, mais on comprend aussi la stratégie qui se dessine... (et j’aimerais vous en dire plus, mais je ne veux pas vous dévoiler les leçons politiques de ce récit !)
Même sans connaissances approfondies sur le sujet, vous comprendrez tout de suite les tenants et les aboutissants, et pourrez comprendre les péripéties et enchaînements. Et si vous connaissez déjà cette histoire, la voir incarnée sur scène d’une façon aussi authentique vous en donnera encore une autre dimension.
Si le respect de l’Histoire est l’une des pierres angulaires du récit, la qualité d’écriture l’est tout autant ! Comme nous l’avons évoqué, c’est en quelques répliques percutantes que, non seulement les enjeux sont remarquablement bien restitués, mais aussi que les personnages sont remarquablement bien caractérisés, et rendus attachants autant qu’ils suscitent de l’admiration.
En outre, la pièce est écrite avec finesse, et complète petit à petit le portrait des personnages, en les faisant évoluer au fur et à mesure des événements, avec de belles touches d’humour parfaitement bien dosées.
Et surtout, l’astuce du récit est de pleinement utiliser ce lien avec le spectateur, que le théâtre permet, pour vous faire rentrer dans l’intimité de Zola.
Ici, il ne s’agit pas d’un Zola représenté en “éloquent des salons”, ou d’envolées lyriques à la tribune, mais de conversations au coin du feu, dans l’intimité, un verre à la main, avant le délicieux dîner , confortablement installé dans son bureau, avec son ami Fernand Labori, avocat tout aussi passionné et impliqué dans la cause “Dreyfusarde”.
On les découvre, passionnés, déterminés, certes, mais posés et sans artifice.
Le défi est grand de représenter la force tranquille de ces personnages dans l’intimité, et Cliff Paillé - dans le rôle d'Emile Zola, ainsi que Alexandre Cattez - dans le rôle de Fernand Labori, sont à la hauteur de ce défi, et savent donner la force et la justesse à chacune de leurs répliques et de leurs attitudes !
Au fil des conversations, on découvre le journaliste et romancier luttant passionnément contre l’injustice, jusqu’à mettre en jeu carrière et liberté, plutôt que d’abandonner un combat juste... mais aussi celui qui doute de chaque mots, de chaque construction littéraire lorsqu’il va les coucher sur le papier, alors que sa plume est pourtant admirée et redoutée ; Et le point de vue de l’avocat nous permet de remettre en perspective les événements, avec le point de vue du juriste qui complète le point de vue politique.
Mais au fil des conversations, on découvre aussi le personnage et l’histoire d'Emile Zola... Pas seulement le grand homme qui a marqué l’Histoire, mais aussi l’homme dans son intimité, et comment l’Histoire de l’homme répond à l’histoire du grand homme.
Sans dévoiler cet aspect du récit, les correspondances de la vie privée répondent aux articles de la vie publique.
Qui était l’homme ? Comment est-il devenu cet homme passionné, cet auteur généreux, ce citoyen rageux et enflammé ? Quelle enfance ? Où en était-il dans sa vie au moment de l’Affaire ? Qui se cachait derrière le courageux humaniste ?
extrait de la note d’intention de Cliff Paillé, l’auteur
De sa vocation de journaliste à la personnalité souvent méconnue de cet homme engagé, le récit nous dresse le portrait d’un homme, pas parfait, pas idéaliste, mais à la personnalité riche, intéressante et subtile ; nous en apprenons sur qui se cache derrière la signature littéraire mythique ; et, peut-être vous amuserez-vous à vous poser, à propos d’eux, la question du “beer-test”, lorsque les instituts de sondage demandent aux électeurs avec quel candidat ils aimeraient boire un verre…
Bref, c’est une pièce teintée de l’humanisme le plus passionné et le plus sincère qui soit. Elle prend aux tripes, et donne parfois envie de pleurer… Mais surtout, repenser aux erreurs et aux injustices du passé doit, à mon sens, toujours nous inspirer dans le présent, pour construire un avenir plus souriant.
Comme le précise l’auteur dans sa note d’intention : “A l’heure où les nationalismes et haines décomplexées perdant toute retenue, se multiplient partout dans le monde, il nous a semblé utile de réveiller Zola, sa parole, sa lutte d’alors. Réveiller les mots d’un humaniste effrayé, combatif, dénonçant avec rage la bêtise et la régression de la pensée.”
A titre personnel, je citerai l’un des articles, qui m’a particulièrement touché, sa fameuse “lettre à la jeunesse”, alors que la génération de Zola est la première à profiter de libertés, telles que la liberté de la presse, auxquelles nous sommes habitués aujourd’hui, mais qui étaient toutes nouvelles pour l’époque, et issues de longs combats difficiles, et je vous laisse découvrir ce texte intemporel ici, notamment sa conclusion.
Je vous recommande “Zola, la rage de l’encre” pour sa finesse d’écriture, son aspect immersif… pour la rigueur d’écriture historique… pour la justesse dans le jeu et les répliques de cette pièce captivante... pour cette plongée dans l’intimité de Zola, qui nous permet de découvrir l’homme derrière le mythe, et nous permet de comprendre la stratégie médiatique de Zola… Et pour que l’Histoire nous apprenne à ne jamais accepter l’injustice dans le présent.
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.
A l'attention des programmateurs, pour découvrir ce spectacle et l’amener dans votre ville et/ou lieu de spectacle, je vous invite à prendre contact avec : Jérémy LEGRAND - diffusion@talentplus.fr.
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À propos
Lauriane, théâtreuse passionnée, met en lumière le monde du spectacle, pour ajouter plus de théâtre à la vie et plus de vie au théâtre.
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