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"La fleur au fusil", quand le théâtre rend l'Histoire vivante

"La fleur au fusil", quand le théâtre rend l'Histoire vivante
Chers Théâtreux,
 
Dans cette nouvelle lettre, je vais vous parler d’un conteur exceptionnel, de révolution pacifique qui dépasse la violence politique, de transmission inter générationnelle, d’optimisme, d’amour, et surtout d’un spectacle bourré de talents et de leçons pour le passé, le présent, et l’avenir. C’est ce que j’ai pu ressentir quand nous sommes allés découvrir la pièce “La fleur au fusil”, écrite et interprétée par Lionel Cecilio, mise en scène par Jean-Philippe Daguerre, actuellement à la Comédie Bastille.

Le 25 avril 1974, au Portugal, la révolution des œillets fait chuter la plus longue dictature d’Europe. Des milliers de portugais marchent ensemble, vers leur destin pour écrire, la fleur au fusil, une sublime histoire d’union, d’amour et de paix.
Ces hommes et ces femmes réussissent ainsi à gagner leur liberté sans qu’aucune goutte de sang ne soit versée. C’est l’histoire d’une démocratie qui se gagne par l’union d’un peuple et qui se conquiert avec des fleurs.
Quand son petit-fils l’interroge sur sa vie, Céleste, émigrée portugaise en France, convoque en sa mémoire les souvenirs passés de sa jeunesse muselée par la dictature de Salazar…

Avant de vous parler du spectacle lui-même, petit rappel très succinct sur la « Révolution des oeillets » : le 25 avril 1974, après plus de 40 ans de dictature salazariste au Portugal, l’armée Portugaise, durement éprouvée par des guerres coloniales terribles, décide d’accomplir un acte magnifique, en renversant le régime sans violence, et le peuple accompagne cet élan pacifique vers la démocratie.
De cet épisode, on retient l’image de soldats à qui les jeunes filles mettent des fleurs dans les canons de leurs fusils, des chars accompagnés par une foule enthousiaste, chantant des chansons qui annoncent une ère nouvelle, et d’un pouvoir qui tombe (presque) sans un coup de feu.
 
Mais comment ce miracle a-t-il pu arriver ?
C’est ce que raconte ce seul en scène, en s’intéressant à la genèse des événements à travers le regard de trois personnages : 
Céleste, qui représente le point de vue des civils, et fait référence à Céleste Caeiro, qui a marqué la révolution d’une façon aussi surprenante que belle ! ;
, le jeune capitaine qu’elle aime, qui représente le point de vue des militaires, avec leurs doutes et leurs rêves ;
Chico, le frère de Céleste, "qui incarnera la résistance retranchée en France d’où s’organisent énormément de choses" (extrait de la note d’intention par Lionel Cecilio).

En partant de ces 3 axes je pourrais aborder les différents volets de cette dictature mais aussi les différents volets de cette révolte qui finiront par se retrouver à l’endroit de l’union, de l’amour et de la jeunesse pour réaliser l’impensable.

Extrait de la note d’intention par Lionel Cecilio

Et c’est fou comme un bon conteur peut parfois dire tellement de choses en peu de temps !
Lionel Cecilio, dans une mise en scène magnifique de Jean-Philippe Daguerre, nous fait assimiler de nombreux aspects de cet évènement, et de nombreuses références historiques, sans jamais perdre de vue deux dimensions essentielles dans cet évènement : le côté humain ; et, comme il le dit lui-même, l’amour.
 
Deux choses, notamment, m’ont fasciné dans ce spectacle :
- Tout d’abord, le métier de conteur est, à mon sens, un métier du spectacle particulièrement noble, et Lionel Cecilio nous le montre, par sa capacité à nous faire percevoir des personnages et des lieux, rien qu’en nous les croquant en quelques mots délicieusement choisis avec efficacité ; et cette mise en scène très dynamique renforce sans cesse la force du récit.
Ainsi, pourtant seul sur scène, il donne un souffle tragique, puis épique, à son récit digne d’une superproduction.
 
- Ensuite, le fait que son spectacle est rempli de références historiques, dont il arrive à faire passer le sens en quelques mots, sans jamais que le trait ne paraisse forcé, alors même que ces références historiques ne sont pas forcément connues pour un public français. Par exemple : les “3 F” et les “3 D”, la référence à l’enregistrement secret de Grândola, Vila Morena, ou encore les bidonvilles de Champigny-sur-Marne… (mais si je commence à vous en faire la liste, autant ouvrir un livre sur l’Histoire de la Révolution des oeillets !).
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[ Soit-dit en passant, chers professeurs qui passerez par ici, n’hésitez pas à montrer ce spectacle exemplaire à vos élèves ! Il leur rappellera que l’Histoire est vivante, et n’est jamais ennuyeuse si elle est bien racontée…] 
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Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff

Crédits Photos : Grégoire Matzneff

Et le plus fascinant est qu’il n’en fait jamais trop ; tout est dans la mesure et l’équilibre, et dans le dynamisme de cette mise en scène et de l’interprétation sur scène. 
 
"De ces petites histoires mêlés au cœur de la grande ne ressort qu’une seule chose, encore et toujours… le thème principal de mon récit : l’amour." (extrait de la note d’intention par Lionel Cecilio).
 
Car rappelons le, pour ceux qui lèveraient les yeux au ciel en se disant “c’est trop gros” : l’optimisme, qui est l’une des caractéristiques essentielles de ce récit, une de ses grandes forces, nous vient de la réalité de cet révolution, menée par une armée endurcie par des guerres coloniales terribles, et pourtant menée sans effusion de sang !
Et pourtant, ce spectacle n’a rien de naïf : la dynamique de violence sociale ou répressive d’un côté est particulièrement bien caractérisée, au moyen de scènes particulièrement dures, mais ce qui ressort aussi du récit, c’est cette réponse par une volonté de non-violence.
 
Bref, un de ces moments où la réalité est plus incroyable que la fiction : "Les langues, les cultures, les histoires, les fleurs, les armes, les rires, les larmes, la peur, la joie, les danses, les doutes… le reste… c’est la vie qui l’a écrit pour moi, et je n’ai fait que m’en faire l’écho parce que c’est toujours bien plus beau quand c’est écrit par la vie." (extrait de la note d’intention par Lionel Cecilio).
Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff
Crédits Photos : Grégoire Matzneff

Crédits Photos : Grégoire Matzneff

Mais il y aussi un aspect que le récit nous évoque très intelligemment, c’est le thème de la transmission intergénérationnelle, et comment les générations suivantes peuvent et doivent s’approprier les leçons d’un événement fondateur, pour s’aider à tracer son propre destin.
 
Ici, le narrateur initial nous en fournit l’exemple à travers la façon dont il commence son récit, et la façon dont il nous le transmet lui-même, transformé par la passion. Sur ce point, je citerai les mots de Lionel Cecilio (je n’en parlerai pas mieux que lui) :

J’ai donc imaginé un jeune homme, qui pourrait être moi, désabusé et perdu dans les tourments d’un monde qui ne tourne plus vraiment rond. La complainte, l’égarement et la frustration de ce jeune homme rencontreront le récit insoupçonné du richissime vécu de sa grand-mère. A travers ce tourbillonnant récit, elle lui transmettra le puissant espoir qui naît de l’union d’un peuple. Elle lui enseignera que si c’est par la force que l’on brûle le passé, ce n’est que par l’amour que l’on cultive le futur.

Lionel Cecilio

Bref, je vous recommande ce seul en scène qui vous montrera que l’Histoire est vivante et contient des leçons qui peuvent et doivent inspirer toutes les générations ; qu’en politique, l’amour ne s’oppose pas à l’efficacité ; et qu’un bon conteur pourra vous emmener dans des contrées lointaines à la seule force de sa voix.
 
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.
✨✨✨✨✨
L'Équipe Artistique
Ecrit et Interprété par Lionel Cecilio
Mise en scène par Jean-Philippe Daguerre 
Création Lumières par Moïse Hill
 
✨✨✨✨✨
Billetterie & Réservations
Après un franc succès au Théâtre de La Huchette jusqu'au 18 novembre 2025, le spectacle s'installe à la Comédie Bastille - 5 rue Nicolas Appert, 75011 Paris - Tél. 01 48 07 52 07
⏰️du 21 Novembre 2025 au 31 Mars 2026 :
en 2025 : les mercredis à 21h, les jeudis à 19h ;
en 2026 : les lundis à 21h, les mardis à 19h.
 
✨✨✨✨✨
A l'attention des programmateurs, pour découvrir ce spectacle et l’amener dans votre ville et/ou lieu de spectacle, je vous invite à prendre contact avec : contact@legrenierdebabouchka.fr 
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À propos
Lauriane Cronier

Lauriane, théâtreuse passionnée, met en lumière le monde du spectacle, pour ajouter plus de théâtre à la vie et plus de vie au théâtre.
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