Dans cette nouvelle lettre, je vais vous parler d’un roman culte adapté avec panache, d’un collectif d’artistes pluridisciplinaires qui nous transmettent mille émotions, d’une scénographie innovante et surprenante, et surtout d’un moment théâtral et musical qui ne vous laissera pas indifférent...et un gros coup de coeur pour ma part. C’est ce que j’ai pu ressentir quand je me suis rendue au Théâtre des Folies Bergère pour y découvrir cette nouvelle adaptation de l'œuvre d’Alexandre Dumas : “Monte-Cristo, le musical”, mise en scène par Alexandre Faitrouni.
Victime d’un complot, le jeune Edmond Dantès, arrêté pour un crime qu’il n’a pas commis, parvient à s’évader du château d’If où il est enfermé depuis quatorze ans. Sous l’identité du comte de Monte-Cristo il revient pour se venger de ceux qui l’ont trahi mais devra faire face aux luttes intérieures qui façonnent son âme.
Adapter le roman culte “Le Comte de Monte-Cristo” à la scène est un défi en soi. Ces dernières années, on dénombre de nombreuses adaptations - qu’elles soient cinématographiques, télévisuelles, théâtrales… On pourrait se dire qu’il y en a trop, que c’est “too much” - et cela pourrait peut-être en faire reculer certains qui se diraient “oh non ! j’ai déjà vu”... Mais, j’ai remarqué qu’à chaque fois un angle différent est retranscrit, cela en révélant - à mon sens - la grande richesse dans le propos de l'œuvre et son intensité dans l’intrigue haletante.
Ayant adoré ce roman quand je l’ai lu (enfin, plutôt dévoré) en 2022, j’attendais depuis plus d’un an cette nouvelle mise en scène signée Alexandre Faitrouni - grand nom de la comédie musicale française.
Travailler sur ce monument de la littérature française exige rigueur, précision et souffle épique. Et avec cette adaptation qu'est “Monte-Cristo, le musical”, le pari est relevé haut-la-main : il s’agit d’un grand spectacle populaire, fidèle à l’esprit du roman, exploitant pleinement les ressources de la comédie musicale contemporaine.
Crédits Photo : Hélène Pambrun
Un bel hommage à l’oeuvre d’Alexandre Dumas
On y retrouve ainsi le parcours dense d’Edmond Dantès - interprété avec justesse par Stanley Kassa : un homme victime d’un complot, enfermé pendant quatorze ans au Château d’If, et qui renaît sous l’identité du Comte de Monte-Cristo, porté par une soif de justice et de vengeance. On y retrouve également la complexité morale de ce personnage qui lutte avec ses propres ténèbres intérieures… Une histoire qui ne se contente pas de raconter une vengeance mais qui interroge aussi sur la justice, la réparation, le pardon et les limites morales de la revanche.
En outre, à mon sens, l’un des points forts de ce spectacle réside dans le respect de l'œuvre originale. En effet, les amateurs du roman (comme moi, qui ne me lasse pas de voir cette œuvre adaptée) reconnaîtront de nombreux détails narratifs parfois non conservés dans d’autres adaptations - par exemple ici, la mise en avant des multiples déguisements de Monte-Cristo pour l’élaboration de ses plans de vengeance.
Ce spectacle, c’est aussi l’occasion d’une mention spéciale au personnage de Madame Danglars - interprétée par la talentueuse Tatiana Matre - particulièrement mise en lumière : une scène qui m’a particulièrement marquée notamment est celle où elle est placée au centre d’un triangle dramatique intense, entre son mari Danglars et Gérard de Villefort.
Un autre point surprenant : la manière musicale dont est amené le personnage de l'Abbé Faria qui vaut le détour ! (j'étais pas prête et j'ai adoré - sans trop spoiler)
Crédits Photo : Cédric Le Dantec
Une mise en scène ambitieuse et un casting exigeant
Avec Alexandre Faitrouni à la mise en scène, Stéphane Laporte et Yann Guillon à l’écriture, le parti pris est clair : respecter l’esprit de Dumas tout en assumant les codes exigeants que demande une comédie musicale.
Le casting est ainsi composé d’artistes pluridisciplinaires issus de l’univers rigoureux de la comédie musicale : un genre où jeu, chant et présence scénique doivent coexister avec précision. Et les interprètes relèvent le défi avec maîtrise et talent.
Les voix sont puissantes, incarnées, et rendent justice à la dimension intense de l’œuvre ; les chorégraphies sont dynamiques et entraînantes, les transitions fluides… On assiste alors à des tableaux collectifs d’envergure, qui émerveillent notre regard de grand enfant.
Une partition musicale puissante et mémorable
Le spectacle s’appuie sur des compositions signées Benoît Poher(du groupe Kyo) et Franklin Ferrand,qui ont ici exploré une multitude d’univers musicaux afin d’épouser la complexité des scènes, des personnages et des émotions. Et, le résultat est à la hauteur des ambitions ! J’ai trouvé que les paroles des chansons servaient véritablement l’histoire. Certaines mélodies restent d’ailleurs en tête (pour ma part, notamment “La Justice des Larmes” ou “La Fièvre”, pour n’en citer que deux), preuve d’une écriture efficace et accessible.
Une scénographie immersive et cinématographique
Dès les premières minutes, j’ai été happée par le spectacle. La raison ? Un écran lumineux monumental en fond qui structure l’espace scénique : les décors y sont projetés et créent une profondeur saisissante, donnant parfois l’illusion d’une immersion cinématographique. L’effet m’a particulièrement marquée dans la scène d’ouverture sur le navire “Le Pharaon”, en pleine mer… donnant l’impression d’être sur le pont du bateau avec l'équipage !
Cette utilisation surprenante et innovante des technologies contemporaines confère ainsi au spectacle une dimension immersive particulièrement réussie.
En outre, il y a aussi le travail sur les lumières qui m’a impressionnée : à plusieurs reprises, entre autres, des faisceaux puissants balayent la salle comme la lumière d’un phare scrutant l’horizon. L’effet en est très esthétique.
Pourquoi je vous recommande ce spectacle
Parce qu’adapter “Le Comte de Monte-Cristo” sans en trahir la grandeur est un pari risqué, et parce qu’ici, le pari est pleinement réussi.
Parce que ce spectacle capture l’intensité du roman imaginé par Alexandre Dumas tout en y insufflant l’énergie du chant, la force du collectif et la modernité d’une mise en scène étonnante.
Parce qu’on en ressort saisi par la puissance de l’histoire, porté par des mélodies qui restent en tête et impressionné par l’ampleur du travail scénique.
Parce que c’est une fresque spectaculaire, vibrante, et qui rappelle pourquoi certains classiques traversent le temps sans jamais perdre de leur force.
Bref. Pour les lecteurs passionnés de Dumas comme pour les amateurs de comédies musicales, ce rendez-vous s’impose comme une expérience théâtrale et musicale à ne pas manquer.
Sur ce, je vous dis à très vite, et au plaisir de se croiser dans une salle de spectacles, dans la vraie vie, ou bien ici-même, pour un nouveau récit d'aventure théâtrale.
Ecouter l'album du spectacle
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L'Équipe Artistique :
Mise en scène par Alexandre Faitrouni
Paroles & Musiques par Benoît Poher et Franklin Ferrand
Livret & Textes par Stéphane Laporte et Yann Guillon
Chorégraphies par Julia Spiesser
Scénographie par Julien Mairesse
Direction musicale par Yoann Launay
Costumes par Sylvain Rigault
Coiffures par Raphaël Perrier
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Rôles principaux :
Stanley Kassa dans le rôle d’Edmond Dantès
Océane Demontis dans le rôle de Mercédès Herrera
Maxime De Toledo dans le rôle de Gérard De Villefort
Cyril Romoli dans le rôle de Danglars
Loïc Suberville dans le rôle de Fernand Mondego
Tatiana Matre dans le rôle de Madame Danglars
Jade Gaumet dans le rôle de Haydée
Antonio Macipe dans le rôle de Jacopo
Jérôme DupleIx dans le rôle de l’Abbé Faria
Antoine Le Provost dans le rôle d’Albert de Morcerf
Lila Touchard dans le rôle d’Eugénie Danglars
Nathan Desnyder dans le rôle d’Andrea Cavalcanti
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Ensemble :
Rachel Valery - Ensemble
Cassilda Marcoulet - Ensemble & également doublure d’Eugénie Danglars et Haydée
Mallorie Petibon - Ensemble & également doublure de Mercédès et Madame Danglars
Paul Gosselin - Ensemble & également doublure de Fernand Mondego et Gérard De Villefort
Alexandre Dupuis - Ensemble & également doublure d’Andrea Cavalcanti et Jacopo
Max Carpentier - Ensemble & également doublure de Danglars et l’Abbé Faria
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À propos
Lauriane, théâtreuse passionnée, met en lumière le monde du spectacle, pour ajouter plus de théâtre à la vie et plus de vie au théâtre.
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