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On se laisse volontiers Greaser à Mogador

On se laisse volontiers Greaser à Mogador
Les sorties théâtre se sont faites plus rares ces dernières semaines, mais, curieuse de découvrir l'adaptation française du film culte, je me suis tout de même laissée Greaser au Théâtre Mogador...
Grease, le Musical, vu par Stage Entertainment France, s'inspire du film mais aussi du spectacle musical original. 
 
On a tous vu ou entendu parler du film Grease avec le duo mythique formé par John Travolta et Olivia Newton John, et notamment la chanson culte You're the one that I want. En revanche, on en sait souvent moins sur comment est née l'histoire, qui est d'autant plus intéressante. Et ce spectacle a été l'occasion pour moi d'en découvrir davantage sur la passionnante histoire de ce spectacle.
 
J'ai eu la chance, avec une poignée de blogueurs, de parcourir les couloirs du Théâtre Mogador pour assister aux coulisses de cette nouvelle création de Stage Entertainment. A cette occasion, nous avons eu le plaisir de rencontrer Nicolas Engel, l'adaptateur de la version française de Grease, le Musical.
 
 

"Grease", bien plus qu'un film, l'histoire d'un spectacle...

Tout a commencé en 1969, lors d'une soirée, quand Jim Jacobs évoque, avec Warren Casey, une idée de comédie musicale qui intégrerait pour la première fois de la musique rock, et se basant sur la vie des lycéens de son époque et sur l'âge où l'on expérimente les premières fois (premier amour, première cigarette, première cuite, premier job...). Ils écrivent d'emblée une première scène qui sera celle de la pyjama party des filles. 
 
Le nom Grease évoque "la graisse" et fait référence à la graisse des moteurs, la graisse des hamburgers, et la gomina que se mettaient les garçons dans les cheveux à l'époque. En bref, tout ce que l'on pouvait retrouver dans la vie d'un adolescent de l'époque... Le spectacle s'est écrit comme ça, sur l'élan d'une blague dite pendant une soirée, et s'inspirant totalement de la vie des lycéens de l'époque, qui se préoccupent de leur look, qui mangent des hamburgers, qui réparent des voitures, qui vont au drive, et en y évoquant même le phénomène des bandes rivales.
 
Tous les personnages du spectacle étaient réellement des gens avec qui les auteurs étaient au lycée. Par exemple, Danny Zucco, le personnage de John Travolta, était le cousin de Jim Jacobs, et il avait réellement une petite amie qui était une fille de bonne famille et qu’il avait connue pendant les vacances à la plage. Tout s’inspirait de choses qui s’étaient réellement passées. 
 
Et dans un concours de circonstances, le spectacle se retrouve en 1972 dans le Off de Broadway et se jouera dans une petite salle de Chicago.

Cependant, le spectacle original était bien plus sombre et vulgaire que ce que l'on connaît. Il évoquait les banlieues industrielles de Chicago et citait énormément d’endroits qui existent réellement. Ce qui dans un premier temps a expliqué le succès du spectacle, c’est le fait que les gens y retrouvaient leurs années lycée, les endroits où ils se retrouvaient. Aussi, le spectacle a intéressé des producteurs à Broadway qui ont demandé de complètement réécrire le spectacle pour que ça soit une comédie musicale formatée, beaucoup moins vulgaire et beaucoup moins sombre. Il s’est joué Off Broadway et c'était un petit spectacle qui a lancé pas mal de jeunes comédiens, dont John Travolta, Patrick Swayze et Richard Gere. Un petit spectacle, mais qui a énormément plu parce qu'il était très différent de ce qu’on voyait à ce moment-là à Broadway : une musique rock nouvelle pour un spectacle de comédie musicale à Broadway, ainsi que le côté nostalgie des années 50.
 
A partir de là, le spectacle s’est exporté un peu partout mais est resté quand même un petit spectacle en marge. Puis c’est devenu le film que l’on connaît, pour lequel quatre nouvelles chansons ont été écrites, dont You’re the one that I want. Puis Grease est devenue la comédie musicale que l’on connaît. Quand le spectacle st revenu à Broadway, il s’est joué dans des grands théâtres avec des mises en scène bien plus importantes, et le spectacle a évolué, en tenant compte de l’existence du film, et s’est réécrit avec tous les différents éléments qui avaient été ajoutés. Il s'agit d'un spectacle qui est constamment réécrit.
 

L'adaptation à la française

D'après les propos recueillis lors de notre visite des coulisses du spectacle, quand la question de l'adaptation s'est posée, les premières interrogations étaient de savoir ce qu'était Grease exactement, parce qu’il existe une quinzaine de livrets, et chaque fois que le spectacle revient à Broadway, c’est toujours une version légèrement différente.
Le metteur en scène, Martin Michel, qui a monté Grease en Hollande il y a dix ans, désirait vraiment partir de la structure du film, car c’est, selon lui, ce qui répondrait le plus aux attentes des spectateurs, puisque le spectacle original est davantage basé sur une bande de potes - l’histoire de Danny et Sandy étant noyée dans la masse. Il tenait alors énormément à ce que le cœur du spectacle soit l’amourette Danny / Sandy et que ce soit cela qui structure tout le spectacle.
 
Donc, l'adaptation se base principalement sur le scénario du film, et ensuite de nombreuses scènes du spectacle original ont été ajoutées pour nourrir tous les personnages secondaires et pour que les intrigues secondaires soient là. Il y a donc l'histoire entre Danny et Sandy : le premier, chef de bande en apparence sûr de lui, la seconde issue d’un milieu très rigoureux. Mais aussi Rizzo qui veut s’assumer comme femme et se retient de dévoiler ses fragilités, Kenickie qui travaille l’été pour se payer une voiture et se projeter dans la figure de l’homme mûr, Frenchy qui se cherche sur le plan des études, ou encore Marty qui se voit en femme fatale.

Le gros du travail était aussi la question de l’adaptation française car au Théâtre Mogador, la tradition veut que l’on présente les spectacles intégralement en français, puisque Mogador met en avant la comédie musicale comme l’art de raconter une histoire en chansons.
 
J'avais un peu peur de l'adaptation française des textes des chansons cultes. Et en fait, le spectacle nous propose une belle surprise puisque tout n'est pas intégralement traduit. Seules les chansons faisant avancer l'histoire ont été alors traduites, mais les refrains restent en anglais. Aussi, on se laisse emportés assez aisément avec ces chansons et toute la mise en scène qui les habille. 

Je crois que pour la première fois dans l’histoire du théâtre, sur ce spectacle, j’ai eu le sentiment que le sujet de ce spectacle c’était l’adolescence américaine des années 50 et qu’en traduisant en français, on perdait un peu le propos. Et si l’on adaptait Grease en français, ça faisait comme une espèce d’évocation un peu désuète de la vie des années 50. Donc, ce qui nous a semblé important, car ce spectacle est avant tout une invitation à la fête, est qu’on a décidé de garder un maximum de chansons en anglais, en tout cas partiellement en anglais, de garder les refrains connus dans la mesure où l’on trouvait des solutions pour que ça ne vienne jamais bloquer la compréhension complète du récit et le fil narratif de l’intrigue.
Donc, pour cela, on a fait plein de séances de travail : je travaillais des versions moitié en anglais moitié en français, ensuite je les présentais à Dominique Trottein pour l’adaptation au piano, ensuite on a fait enregistrer des démos à des comédiens pour voir ce que ça donnait. Et enfin, pendant les répétitions, on a pu se permettre de changer. Il y a des chansons qu’on chantait en français au début des répétitions et qu’on a passé en anglais par la suite.

Nicolas Engel, adaptateur.

Les spécificités du spectacle présenté à Mogador

Le Grease de Mogador est vraiment une création originale qui n’a jamais été montée nulle part ailleurs, avec une orchestration nouvelle de Dominique Trottein (orchestrateur et superviseur musical), et avec des scènes qui n’ont jamais été présentées dans d’autres versions de Grease : il y a par exemple un prologue de Danny et Sandy à la plage, pour un thème non inspiré du film qui, musicalement est très beau et qui n’a jamais été présenté ailleurs. Il y a aussi toutes ces scènes où Danny se met au sport, qui ne sont pas non plus ailleurs. Musicalement, il y a toute une scène de pom-pom girls qui n’existe pas dans le spectacle initial.
 
Une mise en avant du personnage de Miss Lynch qui diffère des autres versions : c’est un personnage ici qui intervient très régulièrement dans le spectacle et qui vient rythmer le spectacle. Ce personnage de directrice, qui va venir parler aux spectateurs comme s’ils étaient aussi à l’école Rydell, va permettre d’embarquer un peu tout le monde sur les bancs du lycée, en jouant un rôle de passerelle entre les spectateurs et le spectacle. Un rôle d'ailleurs merveilleusement tenu par la pétillante Céline Groussard, accompagnée par le très talentueux Alexandre Faitrouni.
 
Une spécificité de la mise en scène du spectacle à Mogador : Sandy ne va pas au bal. Dans le film, Sandy et Danny sont au bal et Danny se retrouve à danser avec une autre fille. Mais dans le spectacle, Sandy reste chez elle le soir du bal parce qu’elle s’est disputée avec Danny le soir d’avant. Du coup, la scène de bal est alors totalement unique par rapport à toutes les autres mises en scène.
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J'ai aimé Grease, ses 30 artistes multi-talents, son orchestre live qui en font une création originale et unique nous faisant revivre avec plaisir le film culte sur scène

Avec cette création originale, dans un décor tout droit sorti des années 50 qui transforme l'intégralité du Théâtre Mogador, une histoire centrée autour de l'idylle de Sandy et Danny, on y retrouve de l'amour, des histoires d'adolescents, de l'humour et une pointe de folie, et notamment une adaptation des chansons astucieusement présentée.
 
Accompagnés par un orchestre live sur scène (8 musiciens sur scène), c'est une trentaine d'artistes comédiens - chanteurs - danseurs que l'ont retrouve dans des tableaux chantés et dansés fabuleux, portant des costumes somptueux (avec notamment une mention spéciale pour les robes). Grease, le musical, c'est aussi de l'humour et l'on notera ici le duo comique et déjanté formé par Céline Groussard et d'Alexandre FaitrouniGrease, le musical, c'est aussi des solos qui nous font vibrer avec notamment une mention spéciale pour Alyzée Lalande et Emmanuelle N'Zuzi.
 
Grease, le musical, c'est une invitation à la fête qui nous fait ressortir agréablement surpris par cette adaptation, à ne pas manquer, pour s'évader le temps d'une soirée en retournant à nos années lycée...
© Photo : Alessandro Pinna

© Photo : Alessandro Pinna

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Auteurs (musique, paroles, livret) : Jim Jacobs & Warren Casey
Mise en scène et Chorégraphie : Martin Michel
Scénographie : Eric Van der Palen
Designer Costumes : Arno Bremers
Concepteur Lumières : Matthieu Patriarca
Orchestrateur et Superviseur musical / Chef d'orchestre : Dominique Trottein
Concepteur Son : Julius Tessarech
Designer Maquillage et Perruques : Harold Mertens
Directeur de casting : Rabah Aliouane
Adaptation française : Nicolas Engel
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Distribution :

Alyzée Lalande dans le rôle de Sandy
Alexis Loison dans le rôle de Danny
Sébastien Lemoine dans les rôles de Vince Fontaine / Teen Angel
Céline Groussard dans le rôle de Miss Lynch
Alexandre Faitrouni dans le rôle d'Eugène
Emmanuelle N'Zuzi dans le rôle de Rizzo
Yanis Si Ah dans le rôle de Kenickie
Sarah Manesse dans le rôle de Marty
Doryan Ben dans le rôle de Doody
Jérémy Petit dans le rôle de Roger
Astou Malva Gueye dans le rôle de Jan
David Sollazzo dans le rôle de Sonny
Florie Sourice dans le rôle de Frenchy
Véronique Hatat dans le rôle de Patty
Luna Chiquerille dans le rôle de Cha-Cha
 

Ensemble : 

Thomas Bernier, Fanny Delaigue, Michelangelo De Marco, Mélissa Dossin, Nordine Ezzahr, Yoan Grosjean, Emmanuelle Guélin, Julien Husser, Lily Kerhoas, Maeva Mathon, Marianne Millet, Loaï Rahman, Alexander Wood

Jusqu'au 8 juillet 2018 au Théâtre Mogador

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La Théâtreuse en Baskets

Saltimbanque, Runneuse, Entrepreneure... Lauriane aka la Théâtreuse en Baskets, humaine au cœur tendre, passionnée de spectacle vivant, décortique et met en lumière le Théâtre.
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